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Le sacré et le profane : avons-nous oublié l’Autre ?

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Le sacré et le profane : avons-nous oublié l’Autre ?
Le sacré et le profane avons nous oublié l'autre. École l'art de vivre Purusha
Le sacré et le profane ne sont peut-être pas seulement deux concepts philosophiques ou spirituels. Cette distinction nous invite aussi à réfléchir à notre manière de vivre ensemble. Je crois que, plus que jamais, nous avons besoin de balises, de distinctions et d’une véritable éthique sociale.

Quand avons-nous cessé de nous dire bonjour ?

Quand avons-nous commencé à passer devant quelqu’un sans sourire, à oublier le s’il vous plaît et le merci, ou à prendre des décisions concernant les autres sans même leur demander leur avis ?

Dernièrement, certaines situations m’ont profondément étonnée — et même choquée.

Je crois que, plus que jamais, nous avons besoin de balises, de distinctions et d’une véritable éthique sociale.

Bien sûr, la vie va vite.

Nous sommes pressés, sollicités, préoccupés. Nos téléphones, nos horaires et nos obligations occupent une place immense dans nos vies.

Mais à force d’aller vite, une question me vient :

Sommes-nous en train d’oublier l’Autre ?


Dire bonjour, c’est déjà reconnaître l’autre

Dire bonjour n’est pas seulement une convention sociale.

C’est reconnaître :

« Je t’ai vu. Tu existes. »

Demander l’avis d’une personne avant de prendre une décision qui la concerne, c’est lui signifier :

« Ta parole compte. »

Dire s’il vous plaît ou merci, c’est reconnaître que ce que l’autre nous donne ne nous est pas automatiquement dû.

Voilà pourquoi la politesse, lorsqu’elle est sincère, est bien davantage qu’un ensemble de bonnes manières.

La politesse est une petite éthique du quotidien.

Et si ces gestes simples avaient aussi quelque chose à voir avec le sacré ?


Le sacré et le profane : deux manières d’habiter le monde

Dans Le Sacré et le Profane, Mircea Eliade un ethnologue célèbre distingue deux manières d’habiter le monde.

Le profane appartient au temps ordinaire : travailler, conduire, acheter, organiser, répondre aux messages, accomplir nos tâches.

Nous avons évidemment besoin de ce monde.

Mais lorsque toute notre existence devient rapide, fonctionnelle et utilitaire, quelque chose risque de disparaître : la qualité de notre présence.


Le sacré introduit une autre manière d’être.


Allumer une bougie avant de méditer.

Entrer consciemment dans une forêt.

S’asseoir en silence.

Respirer avant une rencontre importante.

Regarder réellement la personne qui se tient devant nous.

Tous ces gestes disent, à leur manière :

« Ce moment n’est pas n’importe quel moment. »


Le profane nous fait parfois fonctionner.

Le sacré nous invite à rencontrer.


Et cette distinction me paraît aujourd’hui essentielle.


Le numineux : reconnaître ce qui nous dépasse

Le théologien Rudolf Otto utilisait le mot numineux pour évoquer l’expérience mystérieuse du sacré : la rencontre avec quelque chose qui nous dépasse, nous attire et parfois nous bouleverse.

Mais peut-être le sacré commence-t-il par une vérité beaucoup plus simple :

tout ne nous appartient pas.

La nature ne nous appartient pas.

L’autre ne nous appartient pas.

Même la personne que nous aimons demeure un être libre.

Nous devons apprendre à la rencontrer plutôt qu’à la posséder, à l’écouter plutôt qu’à décider pour elle.

C’est précisément ici, à mon sens, que le sacré rejoint l’éthique sociale.

Accueillir l’autre, c’est accepter de ne pas être constamment le centre du monde.


Ma liberté s’arrête t'elle là où commence l’Autre ?

Nous parlons énormément de liberté. Et la liberté est précieuse.

Mais une liberté qui oublie l’existence de l’autre risque de devenir de l’individualisme.

Mon bonheur à tout prix même au dépend de l'ignorance des autres.


Alors, j’aimerais rappeler quelques balises qui me paraissent essentielles :

Ma liberté ne m’autorise pas à décider pour toi.

Mon opinion ne m’autorise pas à t’humilier.

Mon urgence ne m’autorise pas à oublier ta dignité.

Mon désir ne m’autorise pas à franchir tes frontières.


Et j’ajouterais :

Ma spiritualité ne me dispense jamais du respect élémentaire que je dois à l’autre.

Nous pouvons parler de conscience, d’éveil, d’amour universel et de transcendance.

Mais comment parlons-nous à la personne devant nous ? L’écoutons-nous ?

Respectons nous son refus ? Lui demandons-nous son avis ?

Savons-nous encore nous excuser lorsque nous avons blessé ?

Voilà certainement une vie en spiritualité beaucoup plus exigeante qu’il n’y paraît.


Sacraliser ce qui compte vraiment

Sacraliser quelque chose ne signifie pas nécessairement le rendre religieux.

Cela signifie reconnaître :

« Ceci est important pour moi. J’en prends soin. »

Une relation peut être sacralisée.

Un projet peut l’être.

Une parole donnée.

Une amitié.

Un moment de silence.

Une rencontre.

Et même un rêve que nous portons intérieurement.


Certaines intentions sont comme des graines. Lorsqu’on vient de les mettre en terre, on ne les déterre pas chaque matin pour vérifier si elles poussent.


Ainsi, nous devons choisir à qui nous confions nos rêves.

Certaines personnes nourrissent notre confiance. D’autres l’affaiblissent.

Le discernement consiste aussi à savoir qui nous laissons entrer dans notre espace intérieur.


Et si la politesse était déjà une forme de sacré ?

Peut-être cherchons-nous parfois le Sacré beaucoup trop loin.

Et s’il commençait dans notre manière de traiter la personne qui se trouve devant nous ?

Dire bonjour.

Sourire.

Écouter avant de répondre.

Demander plutôt qu’imposer.

Dire s’il vous plaît.

Remercier.

Respecter un refus.

Demander l’avis de l’autre lorsqu’une décision le concerne.

S’excuser lorsque nous avons blessé.


Ce sont de petits gestes. Et pourtant, chacun d’eux affirme :

« Je reconnais ton existence. »

Nous pouvons méditer pendant des heures, accomplir des rituels et parler d’énergie, de conscience ou d’éveil. Mais il demeure une question fondamentale :

Comment traitons nous l’être humain qui se trouve devant nous ?


Peut-être que retrouver le sacré commence précisément là.

Non pas très loin de nous.

Non pas dans quelque expérience extraordinaire.

Mais dans un regard.

Une écoute.

Un sourire.

Un merci.

Un qu’en penses-tu ?

Un simple bonjour.


Redevenir pleinement présents les uns aux autres.

Voilà peut-être l’une des balises dont notre monde a aujourd’hui le plus besoin.

Et vous ?

Quelle règle élémentaire du respect aimeriez-vous que notre société retrouve ?

Écrivez-

la dans les commentaires. J’aimerais vraiment connaître votre réponse et ouvrir cette discussion avec vous.

Cécile Hontoy, coache professionnelle (Swami Purusha)

Oui. Pour cet article, je travaillerais le référencement autour d’une expression assez précise plutôt que du seul mot « sacré », beaucoup trop large.

Commentaires


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